Idée reçue n°2 : la crypto, monnaie de l’illégal !

Dans notre série “Les idées reçues crypto”, nous essayons d’apporter des réponses claires et objectives aux critiques récurrentes portées à l’encontre des cryptoactifs. L’occasion de prendre de la hauteur sur le débat, de comprendre ses tenants et aboutissants et de déconstruire certaines idées reçues.

“Les cryptomonnaies favorisent le blanchiment d’argent, l’évasion fiscale et le financement d’activités illégales. Elles permettent aux trafiquants et terroristes d’échapper aux autorités en rendant leurs transactions intraçables. La blockchain est un repère de bandits, c’est moi qui te le dis !”.

Si ce refrain vous parle probablement, c’est parce qu’il revient systématiquement dans la bouche des plus critiques, certains médias et détracteurs en ayant même fait l’argument majeur de leur campagne acharnée contre l’écosystème crypto.

Mais sur quels fondements se basent ces critiques ? Sont-elles toujours d’actualité ? D’ailleurs, concernent t-elles l’ensemble des cryptomonnaies ? Certaines d’entre elles seulement ? Et qu’en disent les chiffres ? Autant de questions indispensables pour pouvoir se faire un avis argumenté et éclairé sur la question. 

Petit tour d’horizon.

WikiLeaks, Silk Road et l’émergence de Bitcoin

Le 31 octobre 2008, un dénommé Satoshi Nakamoto publie à un cercle très restreint d’initiés le livre blanc du Bitcoin. Rédigé dans un anglais impeccable, celui-ci explique dans les grandes lignes le fonctionnement et la raison d’être du protocole, destiné à changer les vies de millions d’individus quelques années plus tard.

Entre autres considérations y est érigé en priorité absolue le respect de la vie privée, une notion de plus en plus bafouée par l’émergence d’Internet et la mainmise des États sur la monnaie. Cette vision, sans surprise, trouve d’abord son écho parmi ceux qui recherchent le plus l’anonymat : les cypherpunks, groupe d’activistes numériques ayant fait de la protection de la vie privée un combat permanent… et les criminels.

En février 2011, Dread Pirate Roberts, un mystérieux pseudonyme utilisé par Ross Ulbricht, jeune américain libertarien, met au point le sulfureux site Silk Road. Hébergée sur le darknet, ce marché noir permet d’acheter et de vendre toute sorte de produits illégaux (armes, drogues, et autres joyeusetés), avec pour seule et unique monnaie… Bitcoin, choisi pour son anonymat très relatif (nous y viendrons plus tard).

Le site connaît un gigantesque succès, et brasse l’équivalent de 183,9 millions de dollars de ventes entre 2011 et 2013. À son apogée, fin 2013, Silk Road représente près de 20% de l’activité économique totale générée par Bitcoin. La plateforme est fermée puis relancée plusieurs fois, et son propriétaire condamné en 2015 à la prison à perpétuité. Le sujet est alors clos mais le mal est fait : Bitcoin est perçu comme la monnaie de l’illégal, et cette réputation lui restera attachée des années durant.

Autre événement important : le contournement des sanctions américaines par WikiLeaks, qui annonce via Twitter accepter les dons en Bitcoin, le 15 juin 2011. L’ONG, fondée par le lanceur d’alertes Julian Assange, réagit ainsi aux pressions du gouvernement américain sur Visa, MasterCard et PayPal, qui bloquent alors tous les transferts de fonds de leurs utilisateurs vers la plateforme. Bitcoin dévoile alors au monde entier la résistance de son protocole à la censure, et forcément, cette perspective soudaine de liberté monétaire ne plaît pas à tout le monde.

Le fantasme de l’anonymat

Pour la première fois, les projecteurs du monde entier se braquent sur Bitcoin, sorte d’ovni financier porté par des geeks aux ambitions pas encore bien comprises. Très vite, d’autres cryptomonnaies se créent, démocratisant un peu plus encore la technologie blockchain et ses caractéristiques. Celles-ci, d’ailleurs, laissent encore le grand public perplexe. Puis-je réellement cacher mon identité en utilisant des cryptomonnaies ? Mais en fait, comment en acheter ? Et comment les utiliser ?

D’emblée, le débat se retrouve biaisé. Ce que la majorité des gens prennent alors pour de l’anonymat porte en fait un autre nom, celui de “pseudonymat”. Une différence subtile mais qui change à peu près tout.

La blockchain, car elle s’assimile globalement à un grand registre de données transparent et inaltérable, permet à tous ceux qui le souhaitent de consulter l’historique de l’ensemble des transactions passées sur le réseau, avec les dates, les montants échangés et les différents protagonistes. Ces derniers sont désignés par leur adresse publique, une suite de chiffres et de lettres donnant à leur portefeuille numérique une identité propre sur la blockchain. Un IBAN en quelque sorte, adapté au goût du jour. Les noms de l’envoyeur et du récepteur n’apparaissent pas, mais leur adresse si. En résumé, ils ne sont pas anonymes, mais pseudonymes. Une distinction qui implique une traçabilité totale et permanente de toutes les transactions réalisées, et une exposition sans fin à quiconque décide de les analyser. Vous en conviendrez, on a déjà connu des systèmes de paiement plus opaques. Le cash par exemple ?

Les preuves Zero Knowledge (ZK), ou l’exception qui confirme la règle

Mais cette transparence méthodique ne convient pas à tous, et peu à peu, des cryptomonnaies désignées comme complètement anonymes se développent. La plus connue d’entre elles se nomme Monero. Créée en 2014, elle utilise des systèmes cryptographiques très complexes de manière à ce qu’il soit impossible pour les utilisateurs de connaître les montants envoyés dans chaque transaction, ainsi que les différentes parties prenantes. Mentionnons également ZCash, Dash, ZCoin ou Verge, d’autres projets basés sur des protocoles dit “Zero Knowledge” (ZK), permettant un anonymat optionnel ou carrément assumé.

À la question “Certaines cryptomonnaies permettent-elles à leurs utilisateurs un anonymat total ?”, il convient donc de répondre oui… mais.

Il y a un mais, car pour toute personne souhaitant utiliser ces monnaies, je ne vous apprends rien, il faut déjà les acheter. Or pour acheter des cryptomonnaies aujourd’hui, vous devez impérativement passer par un CEX (Centralized Exchange), une plateforme régulée vous permettant d’échanger des monnaies traditionnelles contre des actifs numériques, ou bien par un intermédiaire (broker, gestionnaire d’actifs, bureau de change etc.). Quelle que soit l’option que vous choisissez, vous devez au préalable fournir des documents justifiant votre identité et l’origine de vos fonds, plusieurs adresses de contact, votre lieu de résidence… et plus globalement traverser tout un processus de KYC (Know Your Customer) avant de pouvoir, enfin, échanger vos fonds.

Même chose pour retirer vos fonds ! À moins de dépenser directement vos cryptoactifs sur des sites et/ou dans des commerces en acceptant certains comme moyen de paiement, vous devez les convertir de nouveau en monnaie légale pour pouvoir profiter de vos éventuelles plus values. En d’autres termes, vous avez beau utiliser des cryptomonnaies anonymisées pour effectuer des transactions, vous devez les acheter, déjà, puis les reconvertir en euros, ensuite. Et pour chacune de ces deux étapes, pas le choix : vous devez être identifiés !

Ajoutez à cela que les projets les plus orientés vers la protection de la vie privée se retrouvent peu à peu retirés des plateformes d’échange régulées, et que leur capacité à garantir l’anonymat de leurs utilisateurs, d’ailleurs, semble de plus en plus compromise (Chainalysis ayant récemment affirmé pouvoir tracer les transactions passées sur Zcash et Dash), et vous comprenez rapidement que ces méthodes sont clairement sur le déclin, pour ne pas dire en voie d’extinction.

Les chiffres à l’encontre des idées reçues

Maintenant que le décor est planté, parlons statistiques.

En 2021, selon Chainalysis, société spécialisée dans l’analyse des flux sur les blockchains, les adresses illicites (c’est-à-dire les adresses identifiées à des activités illégales comme le vol, la cybercriminalité ou les schémas de Ponzi) ont vues affluer vers leur portefeuille un total de 14 Mrds $, soit près de deux fois plus que l’année précédente (7,8 Mrds $). Un record que serait tenté de mettre en avant votre oncle un peu trop vindicatif, au cours d’un déjeuner de famille un dimanche midi.

Seulement voilà, votre oncle aurait tort de s’arrêter à ces chiffres puisque dans le même temps, les transactions enregistrées sur les blockchains ont grossi de… 567%. Étant donnée l’adoption massive des cryptomonnaies, voir les volumes de transactions illégales augmenter est à peu près tout sauf une surprise. Les voir augmenter infiniment moins rapidement que l’ensemble du marché, en revanche, en est une grosse.

S’il fallait retenir un seul chiffre, donc, ce serait plutôt celui-ci : la part des transactions définies comme illégales sur le marché des cryptos s’élève à 0,15% en 2021, soit près de 4x moins qu’en 2020.

Part des transactions illégales sur le volume des transactions du marché
Part des transactions illégales sur l’ensemble du volume des transactions du marché, de 2017 à 2021.

Si vous avez lu notre précédent article “Idée reçue n°1 : les cryptos, ça pollue !”, alors vous savez que le manque de transparence avéré de notre système financier actuel rend toute tentative de comparaison difficile.

Mais peut-être vaut-il tout de même le coup de mentionner que, selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, le montant total des activités illicites sur le marché financier « traditionnel » s’élevait en 2020 à… 2 100 milliards de dollars, soit environ 3,6% du PIB mondial. Un montant qui correspond à un peu plus de la capitalisation totale du marché des cryptoactifs.

Pour faire simple, si l’intégralité du marché des cryptoactifs était défini comme illégal, son volume resterait cependant moindre à celui de l’économie que nous connaissons aujourd’hui. Une comparaison à prendre avec des pincettes, mais qui à le mérite de modifier certaines idées reçues, et de donner à votre oncle d’autres éléments à intégrer dans sa réflexion.

Des questions vous viennent à l’esprit ?
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